Livre – Le bateau à la coque brisée Seid Mehdi Shodjai

livre-numerique-le-bateau-a-la-coque-briseeAurait-on pu imaginer la peine de Fatéméh -que la paix soit avec elle- à la mort de son père, n’eussent été ses gémissements dans la Maison des chagrins?

Aurait-on pu imaginer l’extrême douleur de Ali à la vue de Fatéméh, suppliciée entre la porte et le mur, puis lavant son visage contusionné et ses bras meurtris, n’eussent été ses larmes secrètes? Quel poète mystique aurait-il jamais été capable d’écrire des élégies qui pussent représenter la peine profonde d’un homme, telle qu’elle se voyait sur les plis du front de Ali? Quel poète aurait-il pu être assez sensible pour nous rendre accessibles aux souffrances infinies de la Création telles qu’elles se voyaient dans l’océan des pleurs répandus par Ali?

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Aurait-on pu relater la douleur de Zeinab lorsqu’elle vit la tête de son frère au bout d’un fer de lance, n’eût été le flot de sang qui coulait de cette tête bénie?

Si, lorsqu’elle assista au supplice de son frère, Hossein, elle n’avait pensé à rien d’autre qu’à elle-même, et ne s’était, de chagrin, frappée la tête contre une colonne de sa litière, qui aurait pu illustrer cet amour, cette souffrance, et la séparation dans la Création?

Ce sont ces souffrances qui réduisent en cendres l’écrivain -s’il est sensible-, ces souffrances qui consument sa plume -y en eût-il autant que d’arbres dans le monde-et qui embrasent un écrit aux dimensions de l’univers.

Les larmes brûlantes de Fatéméh ébranlent encore le piédestal des poètes qui narrent les événements de la Maison des Chagrins, brisent les reins des justes, et exaltent l’âme des élus de Dieu.

Dieu me préserve qu’aucune plume puisse jamais rendre la douleur que reflétaient les larmes de Aii au moment où il donnait l’ablution au corps de Fatéméh. Où est Asma ?

Demandez lui, si les anges qui se purifiaient dans les pleurs de Ali pour recevoir sa bénédiction, n’y brûlèrent pas leurs ailes, leurs plumes?

C’est cette douleur qui a creusé des plis si profonds au front de l’Histoire de l’Islam Chiite, cette douleur que l’on ne peut ni dire ni relater, cette douleur indescriptible et inimaginable.

Quand la douleur est trop intense, on la compare à une blessure, et quand elle est brûlante, on la compare à un brasier. Et quel brasier -aussi ardent fût-il- pourrait-il égaler la chaleur de l’embrasement du coeur de Aii durant ses vingt-cinq années de silence, alors qu’il avait comme une épine dans l’oeil, comme une arête dans la gorge?

A vrai dire, une telle douleur est à nulle autre pareille, une telle douleur est incommensurable.

L’histoire des chiites foisonne de ces souffrances; telles que, le chagrin accablant et intolérable de Hossein devant le martyr de son frère Abbas le porte-bannière, la douleur silencieuse de Hossein lorsqu’il vit que l’on déchiquetait le foie de son frère, I’ Imam Hassan, les profonds regrets de Abbas, le frère, de Abbas, l’oncle, de Abbas, le père, et de Abbas désespéré par l’eau vitale s’échappant de son outre percée par l’ennemi, la douleur indescriptible de Sadjad devant le martyr injustifié de son père.

Et ainsi de suite, de douleur en douleur, de blessure en blessure, de plaie en plaie dans un flot de sang continuel.

On pourrait dire que c’est avec du sang qu’on a écrit l’histoire de l’Islam Chiite, avec du sang injustement versé.

…Et la seule chose que cette plume peut faire, c’est avouer et confesser son impuissance à comprendre l’alphabet de ce livre de l’injustice, mais elle est loin de parvenir à le faire connaître, à le décrire, et à l’illustrer.

Louanges à Dieu, Souverain de l’univers

Seid Mehdi Shodjaï

 

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