Interview de sayed Hassan Nasrallah à Al Akhbar 14 août 2014
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Interview de sayed Hassan Nasrallah à Al Akhbar 14 août 2014

Entre deux juillets, le chef de la résistance se rappelle
L’interview de sayed Hassan Nasrallah à Al Akhbar 14 août 2014.

En présence de sayed Nasrallah, jusqu’à l’aube :

Sayed Nasrallah : nous avions pris de la décision de la capture de soldats israéliens avant quelques mois…

Q– Si nous revenons au 12 juillet, saviez-vous que la capture des soldats israéliens devait avoir lieu dans ce jour ? Quelles sont les mesures que vous aviez prises? Comment les faits se sont bousculés plus tard ?

R– En fait, la décision de capturer des soldats israéliens a été prise par le conseil consultatif (Choura) du Hezbollah avant plusieurs mois du jour de l’exécution de l’opération. Dans notre méthode de travail, lorsque le conseil prend une décision de ce genre, il la défère devant le Conseil jihadiste, pour être exécutée. Ce conseil est présidé, selon la structure du parti, par le secrétaire général. Le conseil est formé d’un groupe de leaders jihadistes actifs au niveau de la mise en œuvre des décisions. La question fut débattue dans ce conseil, de plusieurs points de vue, comme le choix du lieu adéquat pour exécuter une opération réussie, le moment, les tactiques, le plan de l’opération, les participants à l’opération, les éventuelles réactions et les mesures de préventions requises dans de telles conditions. Ces questions sont toutes discutées d’habitude par les membres du conseil jihadiste. La décision est prise à l’unanimité ou presque, mais pas par le vote.
nasrallah article 03Le lieu a été choisi, ainsi que les groupes qui participeront à l’opération et la gestion des faits.Mais ce n’était pas une question simple à planifier. L’opération a nécessité des mois pour introduire les frères dans la région, même à l’intérieur du territoire palestinien occupé. A plusieurs reprises, ils ont tendu des embuscades pour une certaine période, puis ils sont ressortis pour attendre la bonne opportunité. Parfois, des objectifs étaient à leur disposition, mais ce n’était pas clair si c’étaient des cibles civiles ou militaires. Nous insistions toujours sur la nécessité de capturer des soldats non des colons, pour ne pas être accusés d’enlever des civils. Tous ces préparatifs ont pris du temps l’exécution de l’opération. Bien sûr, les personnes concernées par la gestion de cette opération, à Beyrouth, au niveau de la prise de la décision ou au niveau jihadiste, étaient au courant des développements. Ils ne furent pas surpris. Avant quelques jours du 12 juillet, nous étions devant l’éventualité de la réussite de la capture des soldats.
Au moment de l’exécution de l’opération, nous étions au courant des faits. Nous avons pris les mesures de prévention décidées à l’avance. Un groupe de chefs militaires concernés s’est rendu dans le lieu prévu, dès les premières minutes. Plusieurs heures plus tard, les répercussions attendues n’étaient pas encore dangereuses. Ce qui a été prévu dans le premier jour a été contenu, puisqu’on était bien préparé à l’affronter. Après s’être assuré de la réussite de l’opération, et que les soldats capturés ont été éloignés de la ligne du feu, j’ai quitté la chambre des opérations pour tenir la conférence de presse. On a annoncé la capture des deux soldats et puis notre intention d’effectuer des négociations indirectes, afin de libérer les hommes détenus par l’ennemi.

Q– comment se comporte le secrétaire général dans de tels moments ? Quel est son rôle ? Aviez-vous des plans sur la méthode de l’évacuation des lieux dangereux ?

R-Le secrétaire général du parti assume la prise de la décision, dans la gestion de l’action jihadiste. Evidemment, il ne dirige pas directement les unités militaires. Il ne dirige pas les opérations militaires au niveau technique. Ce sont plutôt les leaders jihadistes, ou nos adjoints qui le font. Bien sûr, ils suivent les détails de près et en informent le secrétaire général, puisque ce dernier est au courant des politiques tracées par le conseil de la «choura» et jouit d’une certaine marge de liberté d’action, selon ses prérogatives. En plus, le secrétaire général est bien informé de la situation des jihadistes, du potentiel et de la condition politique. Donc, le secrétaire général prend la décision, même dans les affaires relatives au front. Parfois, sa décision est prise suite à de concertations et parfois selon l’entente avec les membres du conseil jihadiste. Par exemple, les zones ciblées durant la guerre de 2006 dans la Palestine occupée, ne furent pas choisies par les responsables du front. Nous même avons cette décision, puis les chefs jihadistes la mettaient en œuvre et coordonnaient l’action des unités militaires, des unités des informations et des forces responsables des plates-formes des roquettes et des mortiers. Ceci signifie que lorsque nous avons entamé l’étape de la prise pour cible de Haïfa, la décision englobait aussi la nature des armes utilisées, tout comme la décision de cibler le navire Saer 5. Ce genre de démarches est entrepris par le conseil jihadiste et par le secrétaire général étant le chef de ce conseil, en concertation avec les frères et les parties exécutives. Ensuite, je suis informé de mesures prises sur le terrain.
nasrallah article 04Pourquoi nous disons «prise de décision» ? Parce que toute démarche a ses proprescirconstances. Par exemple, la frappe contre «Saer 5», signifie que nous avons décidé de frapper un objectif de qualité, ce qui aurait plusieurs répercussions. En second lieu, puisque nous utilisons une arme pour la première fois, ceci signifie que le conseil jihadiste a décidé de révéler la présence de nouvelles armes à la disposition de la résistance, non connues à l’avance. Suite à la prise de la décision initiale, les discussions prennent une tournure technique et exécutive, dans laquelle je n’interviens pas. C’est du ressort des experts. Oui, lorsque nos frères communiquent avec moi, ils m’expliquent si tout allait comme il faut, ou s’il y avait des obstacles qui entravent leur travail. Mais aplanir ces obstacles est de leur responsabilité.
Je cite un autre exemple, concernant la prise pour cible de «Tel Aviv». Cette question n’est point d’ordre exécutif. C’est une décision capitale. Au moment où la banlieue sud et autres villes dans le sud et la Békaa étaient pilonnées, un débat sérieux s’est déroulé. Fallait-il pilonner «Tel-Aviv» tout de suite ou non. La décision fut prise de fixer l’équation «Tel- Aviv» en contrepartie de Beyrouth. La Banlieue et les autres régions étant déjà sous le feu. Sur ce, nous avons établi une nouvelle équation. Si nous étions en mesure de protéger Beyrouth ou de contribuer à sa protection, ce serait mieux.

Q– «Tel-Aviv» aurait-il été pilonné en 2006, comme en est le cas ces jours-ci ?

R– bien sûr, voire avec plus de force. C’est un fait connu et les israéliens le savent. Ce sont des missiles de différentes genres, quantités et dimensions qui sont en question. Evidemment, nous avions la capacité de frapper «Tel Aviv», sinon nous n’aurions pas lancé des menaces. Nous n’évoquons jamais une équation que nous sommes incapables d’exécuter.

Q– Avez-vous été exposé à un danger direct durant la guerre ?

R– Je n’ai pas été atteint directement. Les lieux où je me trouvais, n’ont pas été pilonnés. Mais la région où on se trouvait, était visée.

Q– Est-il vrai que des missiles se sont abattus près d’un de vos convois ?

R– Pas vrai.

Q– Comment avez-vous passé les premiers jours de la guerre ? Les unités exécutives de la résistance assumaient d’importantes missions et les négociations politiques n’étaient pas encore lancées. Suiviez-vous de près le déroulement de la guerre ?

R– Lorsque je dis que je n’interviens pas sur le front, ceci signifie que je ne le dirige pas directement. Mais je dois être informé des développements sur le terrain, tout au long des 24h. Je suis informé des développements en cours au front au Liban sud, dans la Békaa. Des lieux ciblés. Je suis aussi avisé du nombre des martyrs, des blessés, des déplacés, du climat politique et médiatique. Je planche sur toutes ces questions.

Q– Aviez-vous rencontré votre famille durant la guerre ?

R– Oui, une seule fois.

Q-Chez qui vous vous êtes rendu au lendemain de la fin de la guerre ?

R– Lorsque la guerre a pris fin, la possibilité du déplacement était un peu compliquée. Vous vous rappelez que la guerre n’a pas été clôturée par un cessez-le-feu, mais par la cessation des hostilités. Nous estimions qu’on était toujours au cœur de la bataille. Sur ce, directement après la fin de la guerre, et un peu plus tard, mes mouvements furent limités. Plusieurs personnalités ont insisté pour me rencontrer. Je répondais que la guerre était menée contre moi et elles à la fois. Nos frères estimaient la situation périlleuse. Ils disaient que mon apparition publique pourrait m’exposer, ainsi que les personnes présentes, au danger. La seule personne que j’ai visitée après la guerre, est le frère sayed Mohammad Hussein Fadlallah. Je m’y suis rendu en compagnie de quelques frères, afin de le remercier pour ses positions prises durant la guerre. Je rencontrais uniquement les frères concernés par l’action jihadiste. Je communiquais avec la chaine télévisée Al-Manar et avec le bureau des relations médiatiques du parti via le réseau de télécommunication intérieur. On ne pouvait pas communiquer par téléphonie mobile. Parfois, j’enregistrais des messages transmis par des appareils sans fil aux militants, non connectés au réseau de télécommunication intérieur.

Q– Aviez-vous inspecté les déplacés durant la guerre ?

R– Je ne l’ai pas fait personnellement, vu la nature des circonstances. Mais, je communiquais constamment avec nos frères chargés d’assurer les besoins des déplacés. Toutes les formations partisanes étaient en pleine action. Je communiquais avec tous les responsables et j’étais informé quotidiennement de tout : le pilonnage, la destruction, les déplacés et comment leurs problèmes sont traités. L’affaire des déplacés, l’attitude populaire, les gens, leurs conditions, leur moral, et leur humeur, étaient essentiels pour nous. C’est sur ces bases que nous avions bâti nos décisions.

Q– Aviez-vous été surpris par l’attitude des déplacés ?

R– Ce ne fut pas surprenant, pour moi. Mais elle le fut pour plusieurs, puisqu’on pariait sur leur prise de position ou leur protestation. Des médias tentaient de provoquer les déplacés dans les écoles et ailleurs. Certaines parties politiques espéraient que ces derniers organisent des manifestations, réclamant la cessation de la résistance, sa démilitarisation ou sa capitulation. Mais la position grandiose des gens, ne découle pas seulement de leur volonté, prise de conscience ou convictions. Elle découle de leur détermination à préserver leur convictions, à l’ombre même de la guerre, de la destruction, du déplacement, des meurtres, des massacres et à l’ombre des énormes tentatives de provocation. S’il y avait eu de cohésion nationale, et que tous encourageaient ces gens meurtris, on aurait moins évalué la position de ces derniers. Mais en réalité, on tentait de provoquer un climat d’abattement et d’accusation de traitrise, en attribuant la responsabilité de la guerre à la résistance. L’objectif était d’exhorter les sinistrés à manifester. Mais ces derniers ont refusé.

Q– Durant la guerre, quelle est la position qui vous a touché le plus ?

nasrallah article 05R– Les massacres étaient les plus douloureux. Généralement, les militaires sont inflexibles. Mais nos frères, en dépit de leur aplomb, en étaient affectés. Certains d’entre eux pleuraient en observant le spectacle des femmes et enfants massacrés. Ce qui suscitait le plus la douleur, était la prise pour cible des civils. Les immeubles pourraient être reconstruits. Les déplacés pourront revenir en fin de compte, puisqu’on était certain de la victoire, grâce à Dieu. Plusieurs massacres ont été perpétrés. On ne peut dire que l’un fut plus douloureux que l’autre. Cependant, le pilonnage du complexe «Imam Hassan» fut marquant. En premier, en raison du grand nombre des martyrs. Ensuite, en raison des rumeurs selon lesquelles ce complexe a été ciblé parce que les Israéliens estimaient que je m’y trouvais. Evidemment, je ne m’y suis guère rendu, tout au long de la guerre.

Q– Qui est la personne pour laquelle vous craigniez ?

R– Pas de personne précise. Je considérais que la sécurité d’un groupe de nos frères, comprenant notamment hajj Imad Moghnieh, était importante en tant qu’essentiels dans le parcours de la guerre. Je suivais leur état de près.

Q– Quel fut le rôle de la Syrie durant la guerre, surtout celui du général Mohammad Sleimane ? Y-a-t-il eu des martyrs dans les rangs de l’armée syrienne ?

R– Durant la guerre, l’acheminement des armes n’a pas cessé à partir de la Syrie. On ne pouvait estimer la durée de la guerre. Sur ce, tant que nous disposions de plus de potentiel, d’armes et de munitions, la situation était meilleure. La possibilité d’acheminer les armes était assurée, en dépit du pilonnage de tous les passages frontaliers. Malgré ce fait, l’armée syrienne n’a pas perdu de martyrs, puisque le territoire syrien n’a pas été ciblé.
Concernant le général martyr Mohammad Sleimane, je crois que ce sont les Israéliens qui l’ont tué, en raison de son rôle avant et durant la guerre. De fait, cet homme était chargé par le président Assad de suivre ce dossier. Il a joué un excellent rôle. Pour cette raison, les Israéliens ont guetté Hajj Imad Moghnieh et le général Sleimane. Certains médias arabes ont évoqué des liquidations sur le plan intérieur. Mais l’enquête et les données ont montré qu’«Israël» était derrière l’assassinat.

Q– Est-il vrai que le président Bachar Assad était prêt à ouvrir le front syrien ?

R– L’éventualité de l’extension de la guerre vers la Syrie était posée. «Israël» attribuait une grande responsabilité à la Syrie, quant à la lutte de la résistance, et à l’acheminement de certaines armes efficaces dans le parcours de la guerre. Sur ce, l’extension de la guerre était possible, surtout dans le contexte des propos sur une invasion terrestre en direction de Hasbayya, Rachaya et la Békaa centrale et ouest. Ce jour-ci, dans la deuxième semaine de l’offensive, le général Assaf Chawkat, qui communiquait constamment avec nous, a demandé mon avis à propos d’une idée examinée à Damas. Il dit que si une large invasion terrestre a lieu, la Syrie serait contrainte de participer aux combats aux côtés de la résistance. Je ne prétends pas que cette décision fut prise. Mais cette éventualité était posée par le président syrien et les hautes sphères du pouvoir en Syrie. Les hauts responsables syriens suivaient les détails de la bataille de près et y étaient informés.
Je leur ai répondu, après s’être concerté avec nos frères : vous n’êtes pas obligé d’intervenir. La question n’est pas tellement périlleuse. Nous possédons les capacités nécessaires pour les affrontements terrestres. Effectivement, l’opération terrestre devait provoquer la discussion de l’intervention de la Syrie dans la guerre. Et puisque l’invasion terrestre n’a pas eu lieu, l’intervention de la Syrie n’a pas été débattue.

Q– Jusqu’à quel point avez-vous été surpris par Gaza, d’autant qu’au début, la position du Hezbollah était prudente, même sur le plan médiatique ? Craigniez-vous que la résistance soit entraînée dans un piège ?

R– Le processus palestinien était-il prévu ? Non. Mais il n’était pas non plus surprenant. Ce qui était clair c’est que les Israéliens, non la résistance, qui ont poussé les développements dans ce sens, à travers l’enlèvement des trois colons. L’attitude des Israéliens n’était pas celle d’une partie qui cherche des personnes enlevées et en particulier les colons. Sous ce prétexte, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient faire en Cisjordanie, ils ont cherché à se débarrasser du Hamas, du Jihad islamique et du FPLP. Ils s’en sont pris à tout ce qui a trait à l’infrastructure de la résistance. La situation a ainsi évolué d’un stade à un autre. Je penche à croire que ce qui s’est passé a été comme une boule de neige qui a grossi. Les Israéliens ont été entraînés et la résistance aussi, dans le sens qu’aucune partie n’avait réellement planifié la guerre. Hélas, certains ont accusé la résistance d’avoir voulu la guerre pour se redonner un rôle ou pour faire relancer l’axe turco-qatari des Frères, mais je ne le crois pas.
D’un autre côté, les Israéliens qui suivent les développements dans la région et ses changements, ne sont pas pressés de faire une guerre. Mais lorsque la situation se précipite ainsi, cela devient à la fois une menace et une occasion. Les Israéliens veulent alors profiter de cette occasion et la résistance affronte la menace et cherche à la transformer en occasion. C’est notre façon de comprendre ces développements. La partie israélienne a estimé que puisque nous allons vers la confrontation, autant la transformer en occasion, surtout que Gaza est encerclée, que le monde arabe est déchiré et que la sensibilité internationale a d’autres sujets d’intérêt, de même que les populations arabes ont d’autres priorités, notamment au cours des premiers jours de l’agression. L’ennemi a donc frappé toutes les cibles dont il était informé. Malgré cela, les missiles ont continué à être lancés à partir de Gaza et il s’est trouvé face à un grand problème.
Pour la résistance, à partir du moment où cette guerre lui a été imposée, elle est devenue une occasion d’obtenir la levée du blocus. Il est clair que la résistance ne cherche pas une victoire morale ou une issue honorable. Elle veut une réalisation concrète, qui se résume à la levée du blocus, même si cela est coûteux. C’est un élément de force pour la résistance, car la levée du blocus est une revendication de toutes les factions de la résistance et une volonté populaire réelle.
Le Hamas est peut-être critiqué sur la façon dont il gère la bande de Gaza, sur son autorité et son gouvernement, il y a peut-être des divergences entre les factions de la résistance sur l’analyse et les positions par rapport aux développements régionaux. Mais tout le monde est d’accord sur la levée du blocus qui est une revendication qui fait l’unanimité politique et populaire à Gaza. C’est notre façon de voir les choses. C’est pourquoi, au début, lorsqu’il a été question d’un cessez le feu, d’une accalmie des deux côtés, toutes les factions palestiniennes les ont refusés exigeant la levée du blocus. Depuis le début, c’était donc la revendication palestinienne. A mon avis, les Israéliens ont été pris au piège, même s’ils ont beaucoup cherché à profiter de l’expérience et des erreurs de la guerre de 2006. Dans cette guerre à Gaza, l’expérience de 2006 était présente depuis le début dans les médias israéliens.

Q– Êtes-vous d’accord avec l’idée qui veut que les objectifs de l’ennemi étaient modestes depuis le début ?

nasrallah article 06R– C’est l’une des leçons que l’ennemi a tirée de la guerre de 2006. Mais il s’est enfoncé dans le problème. C’est pourquoi il n’a pas défini d’objectif précis au début. J’ai suivi cette guerre depuis ces débuts et je n’ai pas réussi à trouver un objectif précis. Il n’y a pas eu de déclaration officielle claire. Certains ont parlé de faire chuter le Hamas, d’autres de désarmer la résistance et d’arrêter le lancement des missiles. D’autres encore de l’arrêt de l’arrivée et de la fabrication des missiles, de la destruction des tunnels. Même le sujet des deux soldats capturés est autant que possible occulté. Car les Israéliens savent qu’ils ne peuvent pas les récupérer sans mener des négociations et sans donner une contrepartie. Ils ne parviendront pas à les libérer par la seule pression politique ou militaire.
Les Israéliens sont donc dans une impasse. Ils croyaient peut-être que la résistance n’avait pas la volonté de tenir et que les gens ne pourraient pas supporter un tel lot de souffrances. Je crois aussi que l’ennemi misait – comme l’avait fait Shimon Pérès en 1996 lors de l’agression appelée les Raisins de la colère- sur l’épuisement des stocks de missiles. A ce moment, il dirait qu’il a arrêté le lancement des missiles sans donner la moindre contrepartie aux Palestiniens. Mais ces calculs se sont avérés faux.

Q– Avez-vous reçu une demande palestinienne pour intervenir directement dans cette guerre ?

R– Le frère Moussa Abou Marzouk a parlé de cela. Mais aucune autre faction palestinienne n’a parlé avec nous de cela. Je crois que toutes comprennent la situation.

Q– Sa position exprime-t-elle celle réelle du Hamas ?

R– S’il y a une demande sérieuse, elle est discutée dans les cercles fermés et non dans les médias. Les canaux de contact entre nous et le Hamas n’ont jamais été coupés, même pendant la période où l’on a dit qu’il y avait un froid entre nous. Il était donc possible de discuter cette question discrètement. Mais le fait de la soulever dans les médias suscite des questions. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une démarche adéquate. Je ne veux pas faire des analyses. Je mise sur la bonne foi et la compréhension. Peut-être a-t-il estimé que les circonstances sont un peu difficiles et il a lancé l’idée. Mais un tel sujet aussi grave ne se discute pas dans les médias. C’est pourquoi je ne commenterai pas cette demande dans les médias. La question sera discutée entre nous et nous verrons s’il y a un intérêt à une telle intervention ou non.

Q– Avez-vous eu des contacts avec le Hamas à ce sujet ?

R– Non.

Q– Vous n’avez pas posé des questions sur ce sujet ?

R– Les contacts sont permanents, mais nous n’avons pas évoqué ce sujet et eux non plus.

Q– D’après vous, la guerre de Gaza a reporté la prochaine guerre au Liban pour combien de temps.

R– Je peux affirmer qu’elle l’a reportée. Mais de combien de temps, je ne peux pas le dire. Tout dépend des circonstances et des données qu’utiliseront les Israéliens pour mener une nouvelle guerre. S’il faut en croire les leçons tirées de la guerre de juillet 2006, la prochaine guerre israélienne devrait aboutir à une victoire rapide et décisive. A la fin de la guerre de 2006, tout le monde a dit qu’«Israël» avait essuyé une défaite. Certains disent certes le contraire. Comme ils disent aujourd’hui qu’ils ont gagné parce que le front du Liban n’a pas été ouvert cette fois. Mais en réalité, il n’avait pas été ouvert en 2000, lors de l’intifada, ni en 2008, ni lors de la guerre des 8 jours.
Après la guerre de juillet 2006, les Israéliens ont exigé que la prochaine guerre aboutisse à une victoire nette et rapide. Ils veulent éviter qu’elle se transforme en guerre d’usure avec des bombardements des villes. Ils veulent aussi qu’elle soit une victoire décisive, non temporaire, et qu’elle réalise tous les objectifs non des objectifs modestes. Ils veulent aussi qu’elle soit éclatante au point que nul ne puisse la contester. C’est pourquoi, ils pensent que la prochaine guerre sera très difficile à cause de ces objectifs, et des capacités de la résistance dans tous les domaines et sur le plan de la possession des missiles. L’ennemi ne supporte pas une guerre d’usure. C’est pourquoi on le voit aujourd’hui sous pression, bien que les obus lancés par la résistance à partir de Gaza sur «Tel Aviv» et d’autres villes sont limités. Il parle en plus de l’efficacité du bouclier d’acier. Même si ce sujet supporte un débat. Le bouclier peut être efficace en cas d’un nombre réduit de missiles. Mais s’il y en a beaucoup qui sont lancés en même temps, son efficacité reste à prouver.

Q– Quel conseil donnez-vous à la résistance et au peuple palestinien à Gaza ?

R– Lorsqu’un homme est placé devant un choix : se rendre ou résister, il n’y a pas à hésiter entre la guerre et l’humiliation. C’est leur conviction, leur volonté et leur culture. La culture et le choix de la résistance sont en train de s’amplifier au sein du peuple palestinien. Car il n’a pas d’autre horizon. Il a essayé les négociations. Il a attendu les développements régionaux et internationaux. On peut même dire que pour Gaza et pour la cause palestinienne, une occasion en or est passée avec l’Egypte. Elle a été rapidement perdue. Quels sont donc les choix qui s’offrent au peuple de Gaza ? Il faut résister et ne pas céder aux conditions israéliennes, sinon il n’a plus qu’à se jeter dans la mer ou à émigrer et à aller ainsi grossir le lot des réfugiés dans les camps et dans la diaspora. Je crois que les Palestiniens n’ont pas d’autre choix aujourd’hui. En fait il n’y a pas de choix, à partir du moment où ils ont opté pour préserver leur dignité. Ils assument les responsabilités de cette option, même si elles sont très lourdes. Ils ont confiance dans la résistance et dans le fait que cette voie peut mener à des résultats positifs. La logique, non les slogans montre qu’ils doivent se battre.

Q– Il est clair qu’il y a un problème entre l’axe de la résistance et le commandement égyptien. Il ne s’agit donc pas seulement du Hamas. Comment traitez-vous avec la position du gouvernement de Sissi à l’égard de Gaza et de la pression sur la résistance ?

R– Je voudrais reprendre les propos de l’un des chefs de la résistance palestinienne qui a dit : le problème de Gaza aujourd’hui est double. Le premier est une crise de confiance avec l’Israélien ; ce qui constitue un problème essentiel de fond et le second est qu’elle prise entre deux axes, celui du Qatar et de la Turquie et celui de l’Egypte, de l’Arabie et des Emirats. Les causes de cette division sont connues, mais malheureusement, il s’agit d’une division dure et aigüe. Au moment où il aurait fallu dépasser les divisions. Nous autres, nous avons proposé, après consultation avec les frères des factions palestiniennes et les Iraniens, que ceux-ci contactent les Turcs, les Qatariens, les Egyptiens et les Saoudiens, même par le biais des Emirats et de Oman pour tenter de surmonter cette division. Mais concernant la résistance, nous ne cherchons pas à marquer des points dans un conflit interne ou régional. Il s’agit d’arrêter la guerre contre Gaza et de lever le blocus qui lui est imposé. En période d’affrontement, la priorité est au dialogue avec tout ce qui pourrait aider. Mais dans cet affrontement, la position de l’Egypte était disons difficile, alors que le Premier ministre turc a porté des attaques personnelles contre le président égyptien Abdel Fattah Sissi. Même les Qatariens avaient une position négative à l’égard de l’Égypte à partir de la chaîne Al Jazeera. Or si on veut aider Gaza, il faut parler avec les Egyptiens. Et les Palestiniens eux-mêmes disent qu’aucun compromis solution n’est possible sans l’Egypte. Ceci exige de la part de ces deux axes entre lesquels Gaza est prise en étau de considérer que la priorité de Gaza est plus importante que les conflits et les débats. Jusqu’à présent, cela n’a pas eu lieu comme il le fallait.

Q– Comment voyez-vous votre relation avec le Hamas ? Non seulement en tant que parti, mais avec les Iraniens et les Syriens après la guerre de Gaza ?

R– Même avant cette guerre, les contacts sont restés constants et notre relation était très normale, même si nous étions en conflit sur le dossier syrien.

Q– Et sur le plan de l’appui ?

nasrallah article 01R– Il est certain que toute la situation a été modifiée par les développements en Syrie, en Irak et dans la région. Au sujet de la Syrie, dans toutes nos rencontres, notre position était de leur demander de comprendre notre position comme nous comprenions la leur. Nous étions en conflit sur l’approche de ce dossier et nous avons eu de longs débats sur ce sujet. Certes, la situation à Gaza ramène le processus à ses priorités et nous pousse à multiplier les contacts et la coopération. Il est donc certain que cela aura des conséquences sur le renforcement de la relation entre le Hezbollah et le Hamas et entre le Hamas et la République islamique. Avec la Syrie, c’est différent et c’est plus compliqué. Il faut du temps et la relation est tributaire de développements régionaux. Il n’y a pas d’horizon pour une ouverture pour l’instant.

Q– Entrerons-nous à al-Qods (Jérusalem) ?

R– J’en suis convaincu.

Q– Dans certains milieux populaires, on dit : quelle est notre relation avec la Palestine et pourquoi devons-nous libérer «Jérusalem» ?

R– Le plus grand danger pour la sensibilité libanaise et arabe et pour les peuples de la région est d’arriver à un stade où l’on considère l’existence d’«Israël» comme normale et comme si elle ne représente pas une menace pour la région et pour ses populations. Le danger est aussi de croire que si «Israël» est un problème, il ne concerne que les Palestiniens, non les autres peuples de la région. Ces propos sont liés à la politique, à la sécurité et à l’économie. «Israël» est une entité illégale. Elle est une menace pour toute la région, en permanence. On ne peut pas cohabiter avec cette menace. C’est pourquoi l’objectif final de cette oumma est de la faire disparaître, indépendamment de tous les autres problèmes, des calculs, des conflits, de ce qui s’est passé avec les Palestiniens et les non Palestiniens, entre les sunnites et les chiites, entre les chrétiens et les musulmans, tous les conflits, toutes les susceptibilités. Il ne faut pas que la culture qui considère comme une tumeur cancéreuse disparaisse. «Israël» est le mal absolu, elle constitue un danger pour les peuples et les gouvernements de la région, pour leur dignité, leurs symboles sacrés. Par conséquent, l’objectif ultime doit être de la faire disparaître.
Ils veulent nous faire arriver à ce stade. Ils réussissent à certaines étapes et nous ne devons pas les atteindre. Sur le plan de la politique, de l’économie, de la sécurité, des questions militaires et de l’environnement. Mais sur le plan idéologique, cette question ne devrait pas faire l’objet d’un débat. En matière d’idéologie, il n’y a plus de place à la sensibilité populaire, aux émotions. Quand on dit qu’on a une position idéologique à l’égard d’«Israël», cela n’a rien à voir avec le fait que nous sommes d’accord ou en conflit avec les Palestiniens. Par conséquent, le lien entre le Hezbollah et le conflit avec l’ennemi israélien, même dans les réalités sur le terrain n’est pas discutable.

Q– Aimez-vous le football ?

R– Oui. Je jouais du foot avant de porter le turban et même après avec des amis.

Q– Appuyez-vous une équipe en particulier ?

R– Avant oui, par amusement et pour changer de climat. La plupart du temps, j’étais avec le Brésil. Parfois avec l’Argentine, surtout lorsque Maradona jouait. Son jeu me plaisait.

Q– Et lors de la dernière coupe du monde ?

R– Il a été dit que j’étais avec le Brésil. Mais je ne suis avec personne. Chez le Hezbollah, le climat général était d’appuyer le Brésil. Il s’agit d’un appui qui remonte au passé, à cause de la technique des joueurs brésiliens et de leur jeu. Certains ont pourtant commencé à dire que le Hezbollah appuie le Brésil parce que le drapeau de ce pays est vert et jaune, deux couleurs particulières pour les chiites…

Q– Avez-vous suivi la dernière coupe du monde ?

R– A vrai dire, le mood cette année ne permettait pas de la suivre en raison des développements au Liban et en Syrie. Ensuite, il y a eu la guerre de Gaza et les développements en Irak.

Q– Vous n’avez vu aucun match ?

R– J’ai vu une partie de la finale, à cause de mon fils, non pour le match en lui-même. Comme il était avec l’Allemagne, pour le taquiner et créer de l’animation, j’ai appuyé avec l’Argentine…

Q– Êtes-vous sur Facebook ?

R– En raison des exigences de sécurité, je reste éloigné de tout ce qui a trait au téléphone portable et à l’internet. C’est pourquoi je ne suis pas directement sur Facebook. Mais je suis informé en permanence de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, sur le plan des débats, des rumeurs etc à travers des résumés et des rapports qui me parviennent sur le sujet.

Q– En général, l’homme s’habitue aux lieux et s’y accroche, un lit, un oreiller etc. Comment faites-vous vous qui êtes obligé de vous déplacer en permanence ?

R– C’est vrai. Mais lorsque le déplacement devient une partie de votre vie, vous vous habituez aussi à cette situation. Pour moi, c’est donc devenu une habitude, surtout depuis 2006. Mais avant, c’est vrai que j’avais des lieux habituels.

Q– Quel est votre plat préféré ?

R– Dans le passé, j’en avais. Mais maintenant, peu m’importe. Je me contente de ce qu’il y a. Même si l’on me demande, je n’ai pas de préférence et je réponds ; je mange ce qu’il y a, comme le militaire au front qui n’a pas le choix . Mais avant, oui, j’aimais des plats comme la mouloukhié, la moujaddra avec du riz et le poisson.

Q– Depuis combien de temps n’avez-vous pas conduit une voiture ?

R– Au moins depuis 1986.

Q– La banlieue sud a changé depuis 2006. Avez-vous une idée de ce qu’elle est devenue ?

R– Bien sûr. Je ne suis pas absent de la banlieue sud. J’en connais les détails. Les Israéliens et avec eux certains médias arabes répandent l’idée que je vis isolé dans un sous-sol. Ce n’est pas vrai. Je ne vis pas dans un abri. Et les mesures de sécurité ne visent qu’à garder mes déplacements secrets, non à les empêcher. Je me déplace, je vois tout ce qui se passe. La question est de savoir si les autres me voient. C’est pourquoi je sais ce qu’est devenue la banlieue sud et je sais ce qui se passe dans la Békaa et au sud en particulier.

Q– Quelle est la région que vous aimez au Liban ?

R– Le mode de vie de l’homme fait que ce sont ses émotions qui dictent ses préférences. Il fut un temps, avant 2000 et même un peu après où je me rendais à Baalbeck si je voulais me reposer, car j’y possède des amitiés personnelles. Avec le temps, il n’y a plus de préférence, car ce qui dicte les émotions ce sont les gens. Or si vous avez des gens que vous aimez dans toutes les régions, alors vous les aimez toutes. Vous voudriez que toutes les personnes que vous aimez soient avec vous. Si vous entrez dans mon cœur et que vous y cherchez une préférence pour une région ou un quartier, vous ne la trouverez donc pas.

Q– Regardez-vous des films ou des séries ?

R– Lorsque j’en ai le temps, je regarde des épisodes comme ceux de la série «La taghriba palestinienne», ou «le Prophète Youssef» ou encore «Al Ghaliboun» et des séries du même genre.

Q– Lisez-vous des romans ?

R– Dans le temps, j’en lisais beaucoup. Mais depuis 5 ans, plus du tout. Il y a quelque temps, j’ai reçu un livre sur Aïn al Jaouza. Je l’ai lu. Mais lorsque vous avez des responsabilités, tout cela s’arrête. La priorité est de lire des ouvrages qui concernent vos responsabilités. Ces derniers temps, je lis beaucoup d’ouvrages sur le takfirisme, son histoire, ses causes, ses orientations. Il y a beaucoup d’excellents livres sur ce sujet. Avant 2006, mes lectures se concentraient sur les Israéliens, les mémoires des généraux, les partis, les hommes politiques car c’est notre combat. Je suis devenu un spécialiste dans ce domaine..

Q– Lisez-vous le quotidien Al Akhbar ?

R– Pourrais-je ne pas le faire ? Je le recevais avec d’autres quotidiens.

Q– Suivez-vous d’autres chaînes qu’Al Manar ?

R– je zappe entre toutes les chaînes en permanence. Comme la plupart des téléspectateurs d’ailleurs. J’ai d’ailleurs une opinion sur la théorie selon laquelle telle chaîne a tel public. Je crois que les gens zappent et par conséquent, les statistiques ne sont pas précises. Avec la télécommande, les gens changent de chaîne en permanence. S’ils tombent sur quelqu’un qui leur plaît, indépendamment de son nom, ils s’arrêtent. Concernant les bulletins d’informations, je ne me base pas sur un en particulier. Sur le plan des chaînes satellitaires, j’en regarde trois : Al Jazeera, Al Arabiya et Al Mayadeen, avec une préférence pour cette dernière. Pour Al Jazeera et Al Arabiya, j’essaie de voir de quoi elles parlent, indépendamment des positions.
Par contre, avec les chaînes libanaises, je zappe, j’essaie de savoir ce qu’elles disent toutes, tout comme je me tiens informé par le biais des comptes rendus qui me parviennent sur ce que disent les télés, les radios les réseaux sociaux…

Q– Lisez-vous les ouvrages de certains écrivains en particulier ?

R– Sans entrer dans les noms, je lis les ouvrages et les articles de certains penseurs et écrivains.

Q– Ils partagent sans doute vos vues politiques ?

R– pas du tout. Il faut lire des ouvrages et des articles des deux camps pour connaître tous les points de vue.

Q– Pratiquez-vous d’autres langues que l’arabe et le persan ?

R– A un moment, je pratiquais l’anglais, mais faute de pratique, j’ai un peu perdu. Je peux suivre un bulletin d’information et une conversation et je comprends les conversations avec les ambassadeurs ou les questions des journalistes. Par contre, je connais très bien le persan, même si ma relation avec cette langue a commencé sur le plan politique. Puis j’ai découvert que les Arabes sont privés d’une partie de la culture musulmane car elle est en persan.

Q– vous dites souvent que hajj Imad Moghnié est l’artisan des deux victoires. Qu’est ce que cela signifie en pratique ?

nasrallah article 07R– La structure qui était adoptée à la fin des années 90 avait placé tout le dispositif jihadiste entre les mains de Hajj Imad. D’autres frères le secondaient, mais c’était lui qui dirigeait, cette structure a duré jusqu’à sa mort.
En 2000, lors de la libération et en 2006, hajj Imad était donc le responsable de la gestion de l’action jihadiste. Même si en 2006, on ne peut pas dire qu’il y a un responsable et que la victoire est due à une personne. Il s’agit d’une action collective et d’une situation nationale générale. Mais Hajj Imad- que Dieu ait son âme- a eu un rôle essentiel et central dans la première victoire en 2000 et dans la seconde en 2006. S’il était resté en vie, nous n’aurions pas dit qu’il était l’artisan des deux victoires.

Q– Qu’est devenue votre promesse de venger son assassinat ?

R– C’est une question ouverte. J’ai dit à plusieurs reprises que certaines personnes considèrent qu’il est possible de s’en prendre à un groupe de personnes, de colons ou d’Israéliens qui voyagent d’un pays à l’autre ou encore qu’il est possible de mener une attaque contre un lieu. Mais nous, nous ne pensons pas ainsi. Nous considérons que la vengeance pour Hajj Imad est double. D’abord par la poursuite de l’esprit de la résistance, de sa structure et de son développement, de ses capacités et de ses moyens, car le cerveau, le cœur et l’esprit de hajj Imad es présent dans tout cela et la seconde est dans le maintien de l’ennemi en état d’alerte et de vigilance. Les Israéliens savent que même si cela prendra du temps, un jour nous vengerons l’assassinat de Hajj Imad. Mais nous voulons une cible à la mesure du Hajj, même si en réalité, ils n’ont pas quelqu’un qui ait sa dimension. Les israéliens supposent que pour nous, il a cette ampleur et c’est pourquoi ils prennent leurs précautions et renforcent la surveillance autour du Premier ministre, des ministres de la guerre, des chefs d’état major, des chefs des services de sécurité actuels et anciens. Ils sont convaincus que la vengeance pour l’assassinat de Hajj Imad ne peut pas être en dessous de ce niveau, même si cela doit prendre du temps.

Q– Vous souvenez-vous, sayed, d’une fois où on vous aurait demandé de ses nouvelles et vous auriez dit que vous ne le connaissez pas et que vous ne savez rien ?

R– Je n’ai jamais dit que je ne le connais pas. Seulement dans ma première interview sur Télé Liban, en 1993, j’ai répondu non à la question suivante : hajj Imad est-il un responsable au sein du Hezbollah ?. A cette époque, c’était vrai, lui et d’autres qui sont devenus essentiels dans l’action jihadiste n’avaient pas encore intégré la structure du Hezbollah. Ils avaient leur propre formation à partir de laquelle ils travaillaient. Je n’entrerai pas dans la question de savoir si cette formation existe encore ou non pour ne pas aborder des questions délicates.

Q– Placez-vous l’assassinat de hajj Hassan Lakkis dans le même contexte que celui de Hajj Imad, parce que hajj Lakkis aurait franchi quelque part une ligne rouge israélienne ?

R– Je crois que c’est une partie de la guerre sécuritaire avec l’ennemi. Il ne s’agit pas de lignes rouges. Nous savons que si «Israël» peut le faire, elle n’hésitera pas à tuer certaines personnes et elle n’attend pas pour cela que des lignes rouges soient franchies. Il y a donc pour nous, un groupe de cibles liées au dossier de hajj Imad et comme je l’ai dit, cela fait partie de la guerre sécuritaire ouverte entre nous et les israéliens.

Sayed Nasrallah : Daech (EIIL) se dirigera vers l’Arabie, la Jordanie et la Turquie, après le Kurdistan

Q– Certains disent que le Hezbollah a commencé comme mouvement islamique ne reconnaissant pas de frontières, puis s’est transformé plus tard en mouvement de résistance nationale, à cachet islamique, avant de devenir un mouvement de résistance transfrontalière, suite à son intervention en Syrie et des dires sur sa présence en Irak et au Yémen. Ces propos sont-ils vrais ? Dans quelle mesure vous les approuvez ?

R– Indépendamment du débat intellectuel et politique, je voudrais exposer les faits. La décision de combattre en Syrie, a été prise, en premier lieu, afin de défendre le Liban, la résistance et tous les Libanais. Sans exception aucune. D’ailleurs, les derniers évènements survenus à Ersal ont confirmé notre vision, même si notre adversaire entêté a voulu les interpréter de son propre angle de vue. Certains ont dit que nous avons mené une guerre préventive en Syrie. Je ne trouve pas ce terme exact, puisque la guerre était près de notre frontière. Aujourd’hui, certaines forces du 14 Mars, qui ne cessent de louer la souveraineté et le refus de l’intervention en Syrie, ne savent pas, par exemple, que les jurds de Ersal, s’étendant sur des dizaines de Km, ainsi que d’autres périphéries de la Békaa, sont occupés par les groupes syriens armés depuis le début des évènements syriens. Ces groupes y ont installé des casernes pour l’entrainement, des chambres d’opérations, des hôpitaux de campagne, et des lieux de rassemblement, sur le territoire libanais. Et même avant l’intervention du Hezbollah en Syrie. Ils nous disent : vous y êtes allés, ils sont venus. Mais voyons, ils sont venus depuis longtemps.
Ce qui est prouvé, jour après jour, que ce ne fut pas une guerre préventive. Qosseir est situé à la frontière. Certainement et sans aucun doute, si cette bataille n’avait pas eu lieu, les groupes armés auraient pénétré dans le Hermel, et la Békaa du nord. Notre combat en Syrie ne porte point atteinte à la dimension nationale de la résistance, puisque nous sommes en train de défendre notre patrie, aux frontières. Bien que nous ayons participé aux combats dans certains lieux en Syrie, mais la bataille essentielle s’est déroulée dans les zones frontalières avec le Liban.
Il est important de rappeler, que les périls nous menacent tous. Ce que nous évoquions il y a trois années, fait désormais partie du discours de tous. Même nos adversaires reconnaissent que ce qui se déroule dans la région menace les entités, les pays, les sociétés, les populations, et la région toute entière, voire menace les intérêts des puissances dans le monde. Je crois que le devoir incombe à tous ceux en mesure de participer à cette bataille, pour défendre le Liban, la Syrie, l’Irak, la Palestine, la région, la cause palestinienne, ainsi que les Musulmans, les chrétiens et les minorités religieuses. Laissons de côté toute discussion intellectuelle, stratégique, tactique, et politique. Un grand danger envahit la région, des massacres énormes, alarmant, sont commis, sans contraintes ni garde-fous sur le plan intellectuel, moral, éthique, religieux et humain. Un monstre débridé dans la région, ses pays et ses entités. Doit-il être loué ou condamné ? Ou bien c’est celui qui a créé ce monstre qui doit être condamné. Nous discuterons de cette question plus tard. Je parie toujours sur un fait : un jour, nos adversaires ainsi que les têtus nous dirons que vous aviez raison.

Q– Êtes-vous confiants que ce fait aura lieu ?

R– Le climat politique a changé. Les politiciens seront les derniers à changer de position, vu leurs intérêts. Prenons Ersal comme exemple. L’humeur de ses habitants est-il à l’heure actuelle, comme il a été avant les derniers évènements ? Nous écoutons leurs propos dans les médias, ainsi que ceux des chefs du courant du Futur, qui interrogent : est-ce de cette manière qu’on récompense Ersal ayant accueilli et hébergé les réfugiés ? Évidemment, certains à Ersal ont assuré plus que l’hébergement. Ils ont transformé la localité en base militaire avancée des groupes armés. L’épreuve ? Le communiqué publié par le front Al-Nosra, évoquant une erreur commise à Ersal, vu l’importance du site géographique de cette localité pour les rebelles. Comment ces derniers ont-ils récompensé les habitants de Ersal ?
Mme avant la dernière bataille, des groupes armés entraient dans le village, pour piller, tuer et enlever les gens. Les habitants de Ersal, n’ont même pas demandé la protection avant cette période, puisque Daech et Al-Nosra contrôlaient la localité.
Prenez comme autre exemple l’humeur des chrétiens : n’a-t-elle pas changé ? Dans la Békaa du nord, il n’y a plus de chrétien pro 8 ou 14 Mars. Celui qui veut préserver sa demeure, son village et ses propriétés, était prêt à porter les armes aux côtés de l’armée libanaise dans la confrontation avec les rebelles syriens armés. Ces faits sont indiscutables. Les données en provenance du front et des villages les confirment. Ce climat prévaut aujourd’hui partout au Liban. Mais des personnalités politiques ont intérêt à s’obstiner. A l’heure actuelle, certains disent vouloir mener la bataille contre l’extrémisme et le terrorisme. Bon. Expliquez-nous à qui vous faites allusion ? Si le gouvernement libanais n’a pas encore établi une liste des organisations terroristes, d’autres l’ont déjà fait et précisé qui sont les terroristes.

Q– La position du député Walid Joumblat s’inscrit-elle dans ce contexte ?

R– Sûrement. Ça fait partie des considérations propres à Joumblat. Ce monstre nommé «Daech» ne classe pas les gens comme amis, adversaires, alliés, ou ennemis. Pas de contraintes chez lui. La lutte contre ceux-là n’est pas une question d’armes ou d’affrontements sur le terrain. Le front est bâti sur la base de la pensée, des croyances, de la culture et des émotions. Il n’est pas simple que ceux-là fassent preuve de tellement de haine, d’animosité et de disposition au meurtre. Où ça s’est passé dans l’histoire ? Selon les Nations Unies, Daech aurait enterré-vifs les enfants et les femmes yazidis. Nous voyons comment ils s’emploient à la décapitation des hommes.
Comment ont-ils atteint ce stade ? Cette pensée a été cultivée pendant des ans pour atteindre ce niveau.
Bref, ce péril imminent menace qui aujourd’hui ? Regardez l’expérience de Daech en Syrie. Ils ont tué tout autre. En Irak, certains disent que la guerre se déroulent entre sunnites et chiites. Combien y-a-t-il de chiites à Ninive et Salaheddine ? Ceux-là ont tué des imams sunnites de mosquées, des cheikhs de clans sunnites pour avoir refusé de prêter allégeance au califat. Ils ont expulsé une grande partie de la population sunnite, détruit leurs mosquées, leurs sanctuaires et mausolées, en plus de ce qu’ils ont infligé aux autres minorités religieuses, comme les chrétiens et les Yazidis. Quelle logique dans le monde permet d’expulser des dizaines de milliers de personnes vers les montagnes, où ils seront assiégés pour y mourir de soif ou de faim, au su et au vu du monde entier !
nasrallah article 08En effet, le monstre est en train de grandir. En Irak et en Syrie, la lutte continue sur plusieurs fronts. Dans d’autres fronts, on enregistre des avancées limitées dans une ville, des villages ou des localités. Mais il est évident que les capacités, les effectifs et le potentiel assurés à Daech sont énormes. C’est ce qui suscite l’inquiétude de tous. D’ailleurs, tous doivent être inquiets.
Les Kurdes, par exemple, avaient fait de faux calculs, lorsque les évènements de Mossoul ont eu lieu. Les Kurdes sont entrés dans des zones contestées entre Irakiens, et se sont considérés à l’écart de toute intervention auprès du reste des Irakiens, sunnites, chiites, yazidis et chrétiens. Les responsables kurdes ont cru que le Kurdistan sera épargné. Peut-être, cette conviction était née de l’analyse ou de promesses et garantis fournis par Daech ou ses parrains régionaux. Mais en fait, Daech est arrivé à une distance de 30 à 40 km d’Erbil, ce qui a contraint les autorités kurdes à tirer l’alarme et à réclamer une aide américaine, occidentale, iranienne, irakienne et autre. Donc, pas de frontière pour Daech. Un véritable danger est ressenti par maints pays et parties. En fait, une des caractéristiques de cette organisation, réside dans sa capacité à attirer les partisans de la pensée d’Al-Qaïda et wahhabite. Où est le problème de passer du front Al-Nosra, dans les rangs de Daech ? Nul problème, puisque ces deux organisations possèdent la même doctrine, pensée, discours, ligne de conduite et comportements. Leur différend est d’ordre organisationnel, relatif notamment à l’émirat entre Abou Mohammad Joulani et Abou Bakr Baghdadi. Et par la suite, le partisan d’Al-Nosra, s’il voit que Daech réalise ses objectifs, il le rejoindra. En effet, Daech a la capacité de contenir Al-Nosra, non nécessairement sur le plan militaire, mais en attirant les partisans de l’autre.
Les partisans de cette pensée wahhabite takfirie, ont été formés tout au long de dizaines d’années. Des milliards de dollars ont été dépensés dans ce contexte. Ces types d’hommes trouvent leurs aspirations, leurs projets, et leurs souhaits dans Daech. Certains pays savent parfaitement ce qu’ils ont créé. Pour cette raison, leur évaluation et jugement des périls de Daech sont plus exactes que les nôtres. A l’heure actuelle, indépendamment de toute exagération, une véritable terreur prévaut sur les pays du Golfe et l’Arabie, puisque la pensée en question était enseignée depuis des décennies, dans les écoles et les programmes scolaires. Sur ce, nous confirmons le grand danger qui doit susciter l’inquiétude. Un vrai danger qui menace les entités, les sociétés, les pays et les populations, en plus, toutes les minorités religieuses sont absolument en danger. Au sein de la communauté islamique, toutes les minorités sectaires sont en danger, ainsi que les sunnites «Achaaris», donc la majorité des sunnites, est exposée au péril. Ce dernier cerne la vie de tous ceux-là, leur honneur, leurs propriétés, leurs enfants, leurs femmes et leurs lieux sacrés. Nous ne voulons pas susciter la terreur des gens. Ce danger peut sûrement être affronté et battu. Mais une telle lutte doit être sérieuse. Le Hezbollah n’a pas combattu l’Armée Syrienne libre et ceux qui prônent la pensée laïque ou libérale, à Qosseir, Qalamoun et ailleurs. C’est plutôt la pensée takfirie que nous y avons combattue et battue. Les gens doivent prendre de positions et être vigilants.

Q– Le retour de Saad Hariri, est-il un début d’une décision saoudienne de rétablir la situation et de lui donner le commandement du courant modéré face au terrorisme ?

R– C’est possible.

Q– Dans vos derniers entretiens avec des personnalités politiques, vous avez prévu l’offensive de Daech contre le Kurdistan, avant même qu’elle n’ait lieu. D’après votre avis, pourquoi ils se sont dirigés vers le Nord, et pourquoi ont-ils neutralisé l’Arabie, la Jordanie et la Turquie ?

R– Le rôle de ces derniers viendra. Tous. Là où les partisans de la pensée takfirie se trouvent, le terrain est propice pour Daech. Ceci existe en Jordanie, en Arabie, au Koweït, et dans les pays du Golfe. Si un pays estimait possible de soutenir cette organisation et de l’exploiter, il doit savoir que lorsque son tour viendra, il ne sera pas épargné par Daech. Mais ces faits sont tributaires des données géographiques. Même les Turcs commettent une erreur de jugement. En tout cas, Daech est-il descendu par parachute ? Il est connu comment les combattants en provenance des quatre coins du monde sont entrés, par quelles frontières, qui leur a facilité le passage et qui leur a fourni les fonds, les armes et le potentiel. D’après notre point de vue, dès le début de la crise, celui qui prépare le poison l’avalera. Ils ont créé ce serpent. Il a grandi dans leur giron, puis s’est retourné contre eux. Quels qu’ils soient, Américains, Turcs ou pays du Golfe. Celui qui croit pouvoir diriger ce jeu, contrôler ses instruments ou ses parcours, il se fait des illusions et commet une erreur.

Q– Les deux armées, syrienne et irakienne, n’assument-elles pas une responsabilité quant à la croissance de Daech, pour ne pas l’avoir affronté plus tôt ?

R– On ne peut blâmer la Syrie, puisqu’elle a affronté ces groupes dès le début, indépendamment de leurs noms.

Q– L’armée syrienne n’a-t-elle-pas neutralisé Daech dans une certaine période ?
R– Il n’y avait pas de ligne de démarcation entre l’armée syrienne et Daech. Quant à l’Irak, un débat se pose. Ce qui a eu lieu à Mossoul, est un évènement périlleux, mais ne fut pas l’exploit de Daech. Sinon, pourquoi l’invasion s’est arrêtée dans plusieurs lieux, une fois des forces officielles et populaires irakiennes ont déployé des efforts ?

Q– D’après vous, a-t-on freiné l’avancée de Daech vers Bagdad ?

R– Selon les informations à ma disposition, j’affirme que oui, à une grande échelle.

Q– Comment commentez-vous l’apparition dans les médias d’Abou Bakr Bagdadi ?

nasrallah article 09R– Sa politique ne consiste pas à faire des apparitions publiques. Mais je crois qu’il l’a fait, afin de régler un problème de jurisprudence religieuse. En effet, lorsque Daech l’a proclamé califat, un débat s’est déroulé dans le monde islamique entre les oulémas sunnites, selon lequel, comment prêter allégeance à une personne dont on méconnait le nom, sa personne, n’ayant pas d’informations et données la concernant, puisque prêter allégeance à un inconnu est banni. «Il faut que nous soutenions un califat bien connu», ont-ils argumenté. Ce fait a contraint cet homme à apparaitre en publique, pour paver la voie à l’allégeance.
A mon avis, le fait qu’il annonce ses origines comme étant descendant de Qoreich, est dû au Hadith selon lequel les Imams y sont originaires. Se basant sur la jurisprudence religieuse, le califat doit avoir ces origines, alors que l’émir du pays, comme le roi, ou le président, ne sont pas considérés comme califat des musulmans. Ce dernier doit être d’origine Qorachie. Et puisque le projet d’Abi Bakr Bagdadi est celui du Califat, il se devait d’annoncer cette origine. Il a voulu dire «je suis Qorachi, et descendant d’Ahl el-Beit (famille du prophète), parce que cette question a des effets essentiels sur les chiites et les sunnites ; ces derniers aiment et respectent la famille du prophète. C’est un fait indiscutable. Parfois, par paralogisme, on utilise le terme «Nassibi» (Attaquants). Ce n’est pas une expression propre aux chiites. C’est plutôt une expression islamique, utilisée par les oulemas sunnites et chiites à la fois, pour désigner ceux qui sont hostiles à Ahl-Beit, motivés par la haine. Donc ces derniers représentent un cas particulier. La majorité des sunnites aiment et respectent la famille du prophète. Ce respect varie d’un pays à l’autre. C’est pour cette raison, que Baghdadi a dit être d’origine Qorachie, descendant du prophète. Personnellement, je ne sais pas si ce qu’il prétend est vrai. Est-il Hassani, Husseini ou Qorachi ? Dieu le sait.

Si nous n’avions pas combattu à Qosseir et Qalamoum, la bataille aurait eu lieu à Beyrouth et sur la côte libanaise

Q– Le Hezbollah se sent-il responsable des chiites arabes (duodécimains, ismaéliens, alaouites etc… ?)

R– Certains tenaient toujours de nous qualifier de tel. Cependant, le parti se présente sur le plan national et régional comme étant une résistance contre «Israël». Il a réalisé des exploits glorieux et de grandes victoires dans cette bataille. Les gouvernements arabes, ainsi que toutes les forces politiques ont perçu que ce parti est une force sérieuse, s’il n’était la plus sérieuse et qui a assumé la responsabilité d’affronter le projet sioniste. Par la suite, on ne discute pas du rôle du Hezbollah dans le conflit avec l’ennemi israélien et dans le front dans la Palestine. Sur ce, lorsque les derniers développements sont survenus dans la région, des tentatives d’instrumentalisation ont eu lieu sur toutes les scènes. En Egypte, où pas de sunnites et chiites, la bataille fut qualifiée de conflit entre opposition et régime. De même en Lybie et Tunisie. Mais en Irak, ils ont recouru à la provocation confessionnelle et sectaire. D’ailleurs, les pays et les médias qui ont entrainé l’Irak vers cette provocation, sont connus, même à l’ombre de l’occupation américaine et à la suite du retrait américain. Lorsque les évènements de la Syrie ont éclaté, ils ont aussi transformé le conflit en confessionnel et sectaire, par la provocation, l’incitation, et le discours de mobilisation des combattants des quatre coins du monde. Quant au Hezbollah, lorsqu’il fournit une aide ou assistance sur une scène quelconque, ses calculs ne sont guère confessionnels, mais émanent plutôt de ce que nous désignons de bataille, du projet de la Nation et de l’intérêt de nos patries et populations. Par exemple, lorsque les Américains ont occupé l’Irak, une grande partie de la population de ce pays n’était pas favorable à la résistance, en raison de la tyrannie de Saddam Hussein, des guerres successives et de l’embargo. C’est normal, puisque la population était épuisée. Mais, qui a consacré son discours politique et tout son potentiel, en matière de médias, relations et contacts, arrivant même à la relation sur le front avec la résistance irakienne, notamment dans le cadre chiite ? C’est déjà connu. Le Hezbollah n’a pas agi selon l’humeur des milieux chiites. Il a plutôt agi afin de modifier cette humeur et en faveur de toute marge possible de lutte contre l’occupation américaine de l’Irak. La résistance fut lancée en Irak. Une grande partie de cette lutte, était menée par les chiites, en d’autres termes, les factions qui menaient les opérations de la résistance, étaient issues des chiites irakiens. Un certain nombre de ces opérations fut filmé. Mais des chaines satellitaires arabes, comme Al-Jazeera et Al-Arabia et autres, ont refusé de les diffuser. N’est pas étrange ? Pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent pas-non les sunnites mais certains régimes-reconnaitre l’existence d’une résistance chiite en relation avec la résistance irakienne. Donc, depuis le début, ils ont recouru à la provocation sectaire dans le contexte irakien, syrien et libanais. Ils insistent de dire que la résistance au Liban est chiite. Nous leur répondons que c’est une résistance libanaise, nationale, en faveur de tous les Libanais. C’est par hasard que les chiites se trouvent à la frontière de l’entité ennemie. Pour cette raison ils luttent. Mais les autres insistent à nous qualifier de résistance chiite, iranienne et autre. Pour notre part, nous étions toujours soucieux, dès le début, d’affirmer que notre intervention en Syrie n’est point sur des bases confessionnelles. Ainsi que notre aide portée à la résistance en Irak. Nous avons soutenu le Hamas, le Jihad islamique et les factions palestiniennes. Ce sont tous des sunnites. Ils exercent le blackout sur notre contribution en Palestine, pour nous imprégner du cachet confessionnel et sectaire. Nous disons : là où la défense de la Palestine, de l’axe de la résistance, des gens, est en question, et que nous sommes en mesure d’intervenir et d’aider, nous le ferons. Si le Hezbollah est armé de la volonté de défendre les siens, sa cause et sa Nation, ce n’est pas un crime. La question doit être adressée aux autres : pourquoi n’assumez-vous pas la responsabilité de la défense ?
Si le Hezbollah n’avait pas combattu à Qosseir et àQalamoun, la dernière bataille n’aurait pas eu lieu seulement à Ersal. La Békaa aurait été envahie, ainsi que le Mont-Liban, le Akkar, et la côte. La bataille aurait eu lieu à Beyrouth et dans le Liban sud. C’est certain. Le sacrifice dans le but de préserver la sécurité des gens, leur dignité, et leurs propriétés est un devoir religieux, moral, national et humain.

Q– On dit que le Hezbollah est une attitude, non un parti. De ce fait, il représente tous les chiites, notamment dans le climat actuel. Ceux-là, dans les moments de prospérité, pourraient être aux côtes de la résistance, mais ils s’y opposeraient dans l’action développementale, ou municipale ou parlementaire. Et par la suite le Hezbollah est accusé de tyrannie dans les milieux chiites ?

R– Je ne peux pas convenir cette approche. En tout cas, c’est un résultat normal. Le Hezbollah est groupe d’humains. Au sein du parti, des hommes consentent le sacrifice. Les gens pourraient le soutenir en tant que résistance. Alors que lorsqu’on aborde d’autres domaines, ces mêmes gens n’adopteraient la même attitude (…). Bref, il est difficile de trouver un groupe humain, parti ou courant, actif dans tous les domaines, qui satisfasse tous, exprime leurs aspirations, leurs espoirs et leurs attentes.
Le Hezbollah est doté de plusieurs caractéristiques, au niveau moral, de l’engagement, de la fidélité et du travail sérieux. Mais ses membres sont aussi des humains, ayant leurs capacités et potentiel, sachant que nous tenons dans plusieurs domaines, à ne pas accaparer les responsabilités et à les partager avec d’autres. Parmi ces domaines, les municipalités. Le Hezbollah n’assume pas les répercussions de leurs expériences, même si elles sont positives. Ce serait peut-être des raisons individuelles dernière cette réussite, non le programme du travail. Dans le contexte de travail municipal, même le Hezbollah n’a pas pu sortir de coutumes et traditions, dont l’habitude de la représentation des familles. Les conseils municipaux, même proches du Hezbollah, ne peuvent être considérés comme institutions du parti. En fin de compte, une personne pourrait vous dire : en ce qui concerne la résistance, je soutiens le Hezbollah, mais dans d’autres cas, comme les municipalités, les syndicats, ou telle ou autre loi, je m’y oppose. Je trouve cette attitude normale. Une fois, j’ai appelé à séparer entre la résistance comme droit, et la position à l’égard du Hezbollah, était-ce à propos de l’appui d’un maire, d’un rassemblement estudiantin dans quelconque faculté arrivant à l’appui d’un président de la République. On pourrait être en désaccord autour de plusieurs dossier, mais ce qui compte c’est comment nous pouvons œuvrer sans que ce désaccord avec certains ou avec des forces politiques, ne se répercute la résistance.

Q– Il y a un sentiment chez les gens qu’en dépit des martyrs qui tombent, ce sacrifice n’est pas apprécié à sa juste valeur. Alors pourquoi le faire ?

R– Même en Irak, comme au Liban, certains se demandaient : mais qu’est ce qui a pu entraîner le Hezbollah à se battre en Syrie ? Ils voulaient discuter avec nous de nos motivations. Mais après ce qui s’est passé en Irak, ils ont adhéré à notre vision, en Irak et même en Syrie. Bien sûr, nous nous sentons concernés par la sensibilité populaire. Mais elle est en train de changer. Nous commençons à recevoir beaucoup de remerciements pour notre intervention en Syrie.

Q– De la part des politiciens ou de simples citoyens ?

R– Les politiciens n’ont rien à voir. Dans notre environnement, les gens sont convaincus de la justesse de cette bataille. Dans les autres milieux, ce sentiment est en train de se développer et la sensation du danger est en train de grandir. Je reçois des messages très importants en ce sens. Certains préfèrent toutefois ne pas en parler dans les médias. Quant aux politiciens, vous pouvez être sûrs que quoique nous fassions pour eux, ils ne seront pas satisfaits et ne reconnaîtront pas ce que nous faisons. Cela n’a rien à voir avec le fait de savoir si ce que nous faisons est juste ou non. Il fut un temps où des parties internationales et régionales poussaient des groupes qui dépendent d’eux à nous déclarer leur hostilité. Mais cette hostilité a atteint un tel stade que même les parties qui les avaient encouragés à la déclarer s’empressent désormais de leur dire que les priorités sont différentes. Pour ces groupes, il n’y a rien à faire.

Q– La Syrie peut-elle aider sérieusement à régler le problème des réfugiés en autorisant leur retour sur son territoire ?

nasrallah article 10R– La question est la suivante : les réfugiés veulent-ils vraiment rentrer chez eux ? Nous sommes tous prêts à les aider. Certains peuvent rentrer et vivre en sécurité. De larges portions de territoires sont calmes et pacifiées, à Damas, dans le Qalamoun à Homs et ailleurs. Dans ces lieux, les éléments armés se sont battus contre l’Etat pendant trois ans et ils ont ensuite conclu des compromis avec lui. Et aujourd’hui, ils ne sont pas inquiétés. Si les combattants ne sont pas inquiétés, que serait-ce donc pour ceux qui avaient fui ? Nous devons examiner les raisons qui poussent certains à vouloir rester des réfugiés au Liban en particulier. Cela exige une volonté réelle chez les réfugiés d’abord et ensuite une décision de la part de certaines parties politiques de cesser d’utiliser les réfugiés contre le régime, humainement, moralement, sur le plan de la sécurité et politiquement. Ces parties encouragent les éléments armés à envoyer leurs familles au Liban pour qu’ils puissent se consacrer à la bataille. A cet égard, j’affirme que l’aide et le parrainage de certains groupes armés dans certaines régions syriennes, de la part de certaines parties libanaises continuent. Cette aide est à la fois financière et en matière d’armement, mais aussi sur le plan de l’orientation et de l’appui. Mais cela se fait loin des médias. Je peux donc dire que sur ce plan, rien n’a changé. Ce qu’il faut donc, c’est une décision politique de cesser d’utiliser les réfugiés et par conséquent, ouvrir la porte à une coopération avec le gouvernement syrien pour voir comment les ramener dans leur pays. Ce que je sais c’est que la Syrie est disposée à coopérer sur ce plan.

Q– Votre participation aux combats en Syrie a-t-elle provoqué une hémorragie humaine et financière pour le Hezbollah ? et Jusqu’où ce dernier peut-il continuer à supporter une telle situation ?

R– Dire qu’elle a provoqué une hémorragie est exagéré. En tout état de cause, les sacrifices consentis par le Hezbollah depuis sa participation aux combats en Syrie restent de loin inférieurs à ce qu’il aurait, lui et tous les Libanais, perdu s’il n’était pas intervenu en Syrie.

Q– La participation en Syrie a-t-telle dévoilé des tactiques que le Hezbollah voulaient garder secrètes pour surprendre les Israéliens ?

R– Ce que nous avons préparé pour les israéliens est différent de la bataille que nous menons contre les groupes armés en Syrie. Par conséquent, je ne vois pas que ce que nous avons préparé pour «Israël» a été dévoilé en Syrie. Au contraire, cette bataille nous donne une expérience, de la connaissance et ouvre pour nous de nouveaux horizons qui pourront être utilisés de façon encore plus efficace dans un nouvel affrontement avec l’ennemi, sur le plan de l’attaque ou de la défense. Mais ce n’est certes pas la raison de notre intervention en Syrie. C’est seulement une de ses conséquences collatérales. D’ailleurs, les yeux d’Israël sont fixés sur la participation du Hezbollah aux combats en Syrie. Beaucoup d’avis et d’analyses ont été exprimés dans les débats israéliens et tournaient autour de la possibilité d’utiliser ses expériences à Qousseir et au Qalamoun dans la bataille de la Galilée. La bataille en Syrie nous donne donc des plus quantitatifs dans tout nouvel affrontement avec l’ennemi israélien. Elle ne nous a donc rien fait perdre. Au contraire.

Q– Avez-vous affronté les Israéliens en Syrie ?

R– Directement, non.

Q– La présence du Hezbollah en Syrie aide-t-elle les habitants du Golan à lancer une résistance populaire ?

R– Cela revient à la volonté des habitants eux-mêmes. Lorsque vous parlez d’une résistance dans n’importe quelle région, la volonté des habitants, d’origine et résidents contribue largement à sa naissance. C’est ce qui s’est passé au Liban en 1982. Les Iraniens et les Syriens ne sont pas venus se battre au Liban. C’est le Libanais qui avait la volonté de se battre. C’est ainsi que l’aide fournie a pu être utile.

Q– Avant et après la charge explosive de Chebaa, il y a eu plus d’une opération menée à partir du Golan. Le Hezbollah a-til quelque chose à y voir ?

R– Ce que je sais c’est qu’il existe là-bas une véritable structure populaire qui exprime une certaine volonté. Ce sont eux qui agissent, pas nous.

Q– Est-il vrai que vous avez rencontré des opposants syriens récemment et que certains d’entre eux ont changé leur position ?

R– Il n’est pas nécessaire que ceux que je rencontre changent d’avis. Je peux dire qu’ils ont compris notre position.

Q– Faites-vous une distinction entre les différentes oppositions syriennes ?

R– En pratique, dans la situation actuelle, l’opposition de l’extérieur n’a plus de présence effective à l’intérieur de la Syrie. D’ailleurs, elle n’en avait pas dès le début, à mon avis. Elle n’avait pas d’influence sur l’intérieur syrien. Elle consiste en des personnalités politiques ou intellectuelles qui ont été regroupées dans le cadre d’un projet politique précis. La plupart de ces personnalités ont vécu aux portes des ambassades et dans les hôtels et elles continuent à le faire. Ce n’est même pas mon évaluation, mais la leur. De grandes figures de ce qu’on appelle la Coalition nationale d’opposition disent cela dans leurs salons avec leurs amis libanais. Elles disent que ces personnalités parlent, discutent, publient des communiqués et les ambassades et les États ont augmenté leur effritement, notamment ce qu’on a appelé le Groupe des amis de la Syrie. C’est la réalité de l’opposition de l’extérieur. C’est pourquoi il faut se demander où est cette opposition dans l’équation politique et sur le terrain aujourd’hui ? Elle n’a plus aucune valeur, ni la moindre influence sur le terrain qui est tenu par les groupes armés. Même l’Armée Libre de Syrie n’en était pas une mais un rassemblement de groupes armés séparés les uns des autres, qui coordonnent des fois leur action et se battent de temps en temps au sujet d’un butin, d’un barrage ou d’un poste frontière. En pratique, la plus grande partie du terrain est désormais aux mains de Daech et une partie moins importante est entre les mains du Front Al Nosra. Le reste est entre les mains de ce qui reste du dernier regroupement appelé « Le Front islamique ».
Quant aux groupes nationalistes, laïcs ou civils, ils n’ont plus de présence. Je ne souhaite pas me baser sur les propos du président américain Obama, bien qu’il soit un spécialiste qualifié, puisque l’ambassadeur des Etats-Unis dirigeait une grande partie de cette opposition… La réalité de l’opposition sur le terrain est qu’elle est désormais formée de groupes armés extrémistes qui se battent entre eux. C’est aujourd’hui la réalité. C’est pourquoi si nous voulons chercher des forces politiques précises dans l’opposition pour discuter avec elles, nous ne les trouverons pas.

Q– Aimez-vous prononcer des discours ?

R– Je ne peux pas dire que je n’aime pas prononcer des discours. Nous sommes des cheikhs et cela fait partie de notre mission. Dans les années 80, je prononçais un discours tous les soirs et je me déplaçais de Hay el Sellom, à Ouzaï, à Beyrouth et à Chiyah… Oui, j’aime prononcer des discours surtout quand j’ai quelque chose à dire.

Q– Mais il semble que ces derniers temps vous êtes en train de réduire vous apparitions ?

R– Après 2006, chaque mot et chaque lettre, chaque position ont des conséquences. Mes discours sont surveillés et chaque mot en est interprété. Ils sont suivis par les amis et par les ennemis. Ma responsabilité est donc devenue plus grande et plus grave. Il ne s’agit donc plus d’une question d’envie pour moi, si j’aime prononcer un discours ou non. Il ne s’agit plus d’une question personnelle. Je dois désormais songer à réduire mes erreurs, car nul n’est parfait.

Q– Qui décide les dates de vos apparitions et de vos discours ?

R– Il n’y a pas de décision en ce sens de la part du Hezbollah. Untel prononce un discours tous les quelque temps ou non. Pour le secrétaire général, cela lui revient à lui de voir s’il est utile de parler ou non. Parfois, des frères font des propositions estimant qu’il serait bon de prononcer un discours, mais la décision me revient, elle est liée à ma volonté et mon envie.

Q– On a l’impression que vous ne préparez pas vos discours et que vous dites directement ce que vous voulez dire ?

R– Non, cela ne se passe pas comme cela. Je n’apparais pas et je dis ce que je veux, sans le moindre frein et sans auparavant avoir mené une discussion avec mes frères. Surtout lorsqu’il s’agit de discours délicats où il s’agit de prendre des positions. Au final, cela est lié à la nature de la structure du Hezbollah. Le secrétaire général n’est pas le chef du Hezbollah. Ce n’est pas lui qui décide. Les décisions politiques sont prises essentiellement par le Conseil Consultatif. Ce sont les décisions de ce Conseil qui dessinent les orientations et définissent les positions politiques. Certes le secrétaire général a un poids important dans la décision, mais ce n’est pas lui qui la prend.
nasrallah article 11Par exemple, si je dois donner une conférence de presse sur les questions politiques, ce n’est pas moi qui décide si nous voulons des élections législatives ou si nous acceptons la prorogation du mandat du Parlement. Autre exemple, la décision d’aller se battre à Qousseir. Est-elle prise par le secrétaire général ? Non c’est le Conseil Consultatif du Hezbollah qui la prend. Même le fait de décider de révéler cette décision relève de la responsabilité du Conseil Consultatif. Il me reste à décider comment la révéler et l’exprimer avec de la logique et des arguments, quels mots et quels tons utiliser…Il en est de même pour les questions jihadistes. Autre exemple, dans le passé, lorsque des menaces israéliennes sont proférées, je soumettais au Conseil le sujet pour voir comment y répondre. Aujourd’hui c’est moi qui décide de soulever ce sujet ou de le laisser à une étape ultérieure…

Q– Comme par exemple, l’équation qui disait : pour tout immeuble détruit dans la banlieue sud, un immeuble sera détruit à « Tel Aviv » ?

R– Par exemple. Ou encore celle de l’aéroport Ben Gourion ou celle encore celle de la mer. J’en discute avec les frères, nous étudions l’origine de l’équation que nous avons tacitement.

Q– Que voulez-vous dire par là?

R– C’est-à-dire que nous ne parlons d’une chose que nous n’avons pas. Ici, je voudrais insister sur le fait que la guerre psychologique, dans l’école du Hezbollah, repose sur la crédibilité. Vous pouvez exagérer certaines choses, créer une atmosphère particulière, mais il faut préserver la crédibilité. Je ne peux pas dire : si vous bombardez Beyrouth, je riposte à Tel Aviv, si le Hezbollah n’en a pas les moyens. D’abord parce que cette guerre psychologique échouera et ensuite par souci de préserver la résistance au Liban son sérieux et sa crédibilité. Celle-ci a été construite au fil du temps par un cumul d’expériences. Au point que de nombreux Israéliens, dans l’armée, le gouvernement ou dans la population disent : nous croyons telle personne dans le camp adverse plus que nous croyons de nombreux autres dirigeants dans le monde arabe.

Q– Préparez-vous vos discours à l’avance et en discutez-vous le contenu avec vos frères ?

R– Cela arrive. Des frères des sections politiques proposent des idées qui selon eux, devraient figurer dans les discours.

Q– L’impression des gens est différente, au point que certains font une distinction entre vous personnellement et le Hezbollah

R– Les gens sont habitués au leader, au chef et au symbole. Même au sein du Hezbollah, certains ne croient pas au fait que c’est un travail collectif, qu’il y a des équipes qui planifient et font des programmes, et que le secrétaire général n’est que membre de ces groupes. Dans le monde arabe et en Orient, on est habitué à l’idée du zaïm, au chef et au héros. Il faut le préciser. Au sein du Hezbollah, les mécanismes sont connus, notamment pour la prise des décisions. Lorsque je parle d’une décision, cela veut dire qu’elle a été prise à plusieurs niveaux. En dehors, du Hezbollah, sachant que nous avons beaucoup de sympathisants, nous avons adopté des tournures précises et un langage particulier qui nous permettent de communiquer avec eux. Les mots ont leur rôle. A ce sujet, le Hezbollah a offert des modèles nouveaux dans l’action des résistances. La guerre de juillet 2006 a contribué à les confirmer et aujourd’hui, ces tournures et cette façon de s’exprimer sont utilisées en grande partie à Gaza. Même si chaque expérience a sa particularité, elles peuvent se ressembler en général.

Q– Lorsque vous préparez un discours, vous exercez-vous sur comment le prononcer, quand élever la voix ou brandit votre doigt, ou bien cela vient-il spontanément ?

R– Lever le ton ou le baisser, c’est naturellement voulu. Cela dépend de la nature de l’occasion et du public. Certaines choses ne peuvent pas être dites à voix basse. Chaque moment exige un ton particulier et un geste qui va avec.

Q– Levez-vous intentionnellement votre doigt ?

R– Avant, c’était naturel. Mais lorsque les autres ont commencé à en parler, je me suis mis à étudier le moment où lever le doigt et celui où je le baisse.

Q– Regardez-vous vos discours après ?

R- Non. Je regarde si des extraits du discours sont diffusés dans les bulletins d’information. Mais je ne demande pas l’enregistrement pour le regarder. Des frères me font des remarques positives ou négatives sur le fond et la forme et en général, j’en tiens compte.

Q– Avez-vous subi des formations sur la façon de prononcer des discours ou de devenir un chef ?

R– J’ai lu certains rapports israéliens qui disaient que j’avais suivi de nombreuses formations sur la manière de mener les guerres psychologiques. D’autres se demandaient si cela été inné. En réalité, je n’ai pas suivi de formations sur aucun de ces sujets. Ce sens s’est développé chez moi et chez mes frères au fil des expériences.

Q– Y compris les informations que vous donnez dans vos discours ?

R– Oui, tout cela est le fruit des expériences, d’un cumul et des discussions. Lorsqu’une personne est au cœur de l’action et qu’elle dispose d’une grande quantité d’informations, elle discute avec ses frères pour savoir ce qu’il faut dire ou non, ce qu’il est bon de révéler et ce qu’il faut cacher. C’est comme cela que l’on décide ce qu’il faut dire ou non.

Q– Préparez-vous le contenu de vos discours à l’avance ?

R– Oui, en général. J’écris les idées sur les papiers que je pose devant moi sur la tribune au moment de prononcer le discours. Dans un discours, le respect de l’auditoire exige que l’on prépare ce que l’on va dire. De même, je me soucie de faire les transitions et j’essaie autant que possible que les idées soient liées entre elles ou relatives à un même sujet. Si ce n’est pas le cas, je divise le discours en différents axes. J’essaie de rester dans le cadre fixé et quand j’y suis contraint, je me contente d’un seul sujet politique ou religieux. Je peux parler trois quarts d’heure d’un même sujet. Mais il est certain que dans le cadre des propos, je peux me laisser entraîner vers certaines digressions. Il faut dire aussi que les idées s’enchaînent et l’auditoire dicte la façon de prononcer le discours.

Q– Comment cela ?

R– J’ai fait l’expérience de trois situations : soit je parle devant les gens, soit je parle aux gens à travers un écran, soit je parle à travers l’écran mais sans la présence d’auditoire. Lorsque je m’adresse à travers la télévision, les gens sont supposés être assis derrière leurs écrans pour m’écouter. Cette situation diffère de celle où les gens sont tous présents dans une même salle pour m’écouter. Même si je ne suis pas physiquement avec eux, je les vois et je sens leurs réactions qui ont un impact sur moi.

Q– Dans votre discours de la victoire du 22 septembre 2006, l’atmosphère était ainsi très émotionnelle

R– C’est vrai. J’ai vu cela, et j’ai vu des personnalités politiques les larmes aux yeux. J’ai réussi à me retenir, même si j’étais très ému.

Q– La fameuse expression : «O gens les plus nobles» était-elle préparée ou spontanée ?

R– Ce jour-là, elle n’était pas écrite dans le texte. Souvent, les idées se bousculent dans la tête de l’orateur au moment où il parle. C’est d’ailleurs cela l’importance de s’exprimer devant un auditoire. Mais si ma mémoire est bonne, je crois que dans mon message aux moujahidins, il y avait un paragraphe adressé aux gens et qui comportait cette expression, mais à ce moment-là, elle n’a pas été mise en relief.

Q– On dit que vous avez décidé à la dernière minute d’apparaître en personne le 22 septembre 2006 ?

R– C’est vrai qu’il y avait eu un débat sur ma présence en personne ou à travers un écran géant. Finalement, on nous a laissé à moi et à hajj Imad la décision. Nous étions ensemble dans le bâtiment qui jouxtait le lieu du rassemblement. Et c’est dans la demi- heure qui a précédé le début du meeting que nous avons pris la décision. Hajj Imad donnait la priorité à la question sécuritaire et la discussion s’est prolongée entre nous. En vérité, c’est moi qui ai décidé de participer en personne à ce rassemblement. Si quelque chose s’était produit, ce jour-là, j’en aurais été le seul responsable.
J’avais même dit à Hajj Imad : ne t’en fais, tu n’es pas responsable et nous nous en sommes remis à Dieu. C’est comme cela que j’ai participé personnellement à cette célébration.

Q– Sur quoi vous êtes-vous basé pour prendre cette décision ?

R– J’étais convaincu que le fait d’apparaître à travers un écran dans une telle cérémonie aurait un effet négatif sur le public. Il pourrait causer une déception surtout que les gens étaient venus en masse pour participer à cet événement. J’en suivais les préparatifs à la télévision. J’ai vu ainsi ceux qui sont venus de la Békaa et du Sud, certains à pied. De plus, l’apparition en personne est un élément important dans la guerre psychologique, tout le monde est d’accord sur ce point. Autrement dit, mes calculs étaient politiques, psychologiques, moraux, émotionnels et populaires. Mais sur le plan sécuritaire, j’étais conscient au moment de monter vers la tribune qu’il y avait un risque qu’elle soit bombardée par l’aviation. Il n’y avait pas 70 ou 80% de risques, mais ce risque existait quand même. Je me souviens d’ailleurs m’être entendu avec hajj Imad de parler pendant 15 ou 20 minutes. Mais j’ai dépassé ce temps et il n’a cessé de m’envoyer des papiers me disant : c’est fini, descendez de la tribune !

Q– L’aviation israélienne a donc besoin de 20 minutes pour arriver dans notre espace aérien?

R– Non, il s’agissait simplement de réduire au maximum la parole en public. Mais dire que cette aviation a besoin de 15 minutes n’est pas précis.

Traduit par Al-Ahednews

Source : Al-Akhbar

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31 août, 2014 Actualité, Information - Actualité
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