Interview de Cheikh Yazbek Septembre 2014
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Interview de Cheikh Yazbek Septembre 2014

Le chef du comité religieux du Hezbollah à Al-Ahednews: Nous déployons des efforts drastiques pour contrer la discorde.

Interviewé par : Latifa Husseini

Le chef du comité religieux au Hezbollah, cheikh Mohammad Yazbek, aborde les dossiers locaux sur la base des intérêts suprêmes du Liban. L’affaire des militaires otages des groupes terroristes à Ersal, pousse le Hezbollah à multiplier les efforts dans la Bekaa, afin de contrer la discorde voulue dans les rangs de la population de la région.

Pour cette fin, cheikh Yazbek se déplace d’un village à l’autre, et tente de contenir les réactions dues aux complications de l’affaire des militaires otages. Pourtant, cheikh Yazbek ne se plaint pas de cette responsabilité. Il compte d’ailleurs sur la sagesse des notables de cette région.

En effet, les villages de la Békaa traversent une période délicate. Sur ce, cheikh Yazbek exhorte les Libanais notamment les habitants de la Békaa, à être vigilants, face aux périls qui cernent la région.

Ci-dessous, le texte de l’interview de cheikh Yazbek, accordée à notre site d’information.

Q- La région traverse des conditions exceptionnelles, la discorde confessionnelle étant l’un de ces dangers. Comment peut-on immuniser la Nation islamique face à ce péril ?

R- Les complications que nous vivons ont été préparées il y a un certain temps. En effet, les forces hégémoniques, les Etats-Unis à leur tête ayant des convoitises dans la région, ont déduit que la division sectaire, est l’arme qui leur permet de réaliser leurs plans. D’ailleurs si nous examinons les faits, nous constatons que ce qui a eu lieu s’inscrit dans ce contexte… Les musulmans vivaient normalement ensemble, mais c’est la politique qui déchire la région et y sème la discorde confessionnelle. Pour cette raison, nous devons bien examiner les raisons qui ont abouti à ces résultats sinistres qui pourraient éliminer l’Islam, pour les traiter et prémunir les sociétés arabes de la division.
C’est la responsabilité de tous ceux qui veulent préserver l’unité islamique. Alors que les politiciens doivent éviter dans leurs discours, tout ce qui exacerbe les tensions. Ils doivent plutôt encourager la convivialité entre les musulmans, surtout que ce qui rapproche ces derniers est plus important de ce qui les divise.
Les armes utilisées ces jours-ci pour provoquer les musulmans les uns contre les autres, doivent être contrées sur la base de tout ce qui a eu lieu tout au long de l’histoire islamique, depuis les jours du prophète. Si nous étions sincères dans notre appartenance à l’Islam, nous devons suivre les instructions de notre prophète en réponse à ceux qui provoquent la discorde.

Q- A partir de la position du Hezbollah, comment agissez-vous pour tuer la discorde dans l’œuf et faire face au péril des groupes takfiris qui menacent la Nation islamique ?

R- Nos efforts consistent à affronter l’injustice et à contenir les autres, en précisant que les exactions des groupes takfiris contre la religion islamique, défigure l’image de l’Islam. De fait, l’Islam est une religion de miséricorde et non de meurtre. Nous œuvrons aussi pour empêcher l’exploitation de la religion dans le meurtre des humains.

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Q- Concernant la situation libanaise locale, le pays traverse une période délicate surtout que l’affaire des militaires otages jette l’ombre sur la scène intérieure. Que faut-il faire pour prévenir le meurtre de nouveaux martyrs parmi les soldats otages ?

R- Les autorités libanaises doivent jouer un rôle efficace, qu’elles sont en mesure de jouer pour libérer les otages, les négociations étant admises comme a précisé le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah. Il fait sauver la vie de ces militaires, issus du tissu social libanais.
Donc les autorités ainsi que les Libanais, doivent soutenir l’armée et lui assurer les équipements et le potentiel pour qu’elle soit en mesure de protéger la patrie et d’y instaurer la sécurité et la stabilité. En effet, l’institution militaire est le moyen qui préserve la vie commune. Nous avons une armée patriote, dotée d’une doctrine militaire qui protège le Liban. Cette armée regroupe toutes les composantes du Liban. Et si on lui porte atteinte, la patrie sera menacée de dissension. Nous avons vu que les proches des militaires otages sont originaires du Nord, de la Bekaa et de toutes les régions libanaises. Un fait qui prouve l’unité du sang et la possibilité d’éteindre la discorde confessionnelle.
Le peuple est aussi appelé à soutenir l’Etat. De fait, l’équation tripartite en or, armée, peuple et résistance est efficace et pourrait donner ses fruits dans la protection du Liban et la lutte contre la discorde.

Q- Mais la condition dans la Békaa n’est pas rassurante. Cette région est marquée par la tension et témoigne d’évènements et de blocage de routes. Par contre, vous déployez des efforts pour freiner les incidents ici et là ? Éprouvez-vous des difficultés dans vos efforts pour contenir les réactions des proches des militaires otages ?

R- Concernant ceux qui portent atteinte à la sécurité ou à la dignité des gens par l’enlèvement et la demande de rançons, ou par le cambriolage, nous exhortons l’Etat à frapper avec une main de fer et à les pourchasser, ceux-là étant des malfaiteurs, puisque leurs actes sont intolérables et fermement condamnés. D’ailleurs ces types sont reniés par les habitants de la Békaa.
Mais en ce qui concerne les réactions populaires à la suite de la décapitation du soldat Abbas Medlej, nous affirmons que les medias ont contribué à amplifier l’image. Pour notre part, nous avons tenté de freiner les réactions des gens et nos efforts ont réussi puisque nous avons perçu une grande retenue chez les proches des militaires et ceux qui se solidarisent avec eux. D’ailleurs nous témoignons des efforts des sages de la Békaa pour régler les tensions qui se répercutent évidemment sur tous les Libanais. Cet état des faits nécessite une intervention des institutions étatiques et de l’armée pour permettre aux gens de recouvrer leur vie normale.

Q- Y-a-t-il vraiment des familles qui assument la responsabilité de la décapitation des soldats ?

R- Le père du martyr Mohammad Hamieh a affirmé que la famille Hujeiri comprend des hommes honorables, mais il a pointé du doigt cheikh Moustapha Hujeiri, lui attribuant la responsabilité du meurtre de son fils, cet homme s’étant placé dans cette position en annonçant qu’il était l’hôte des militaires. Donc, le père du martyre a limité la question dans ses déclarations. Pour sa part, le Hezbollah appelle l’Etat à assumer ses responsabilités et son devoir, pour que l’armée parvienne à libérer Ersal et les otages.

Q- Mais l’armée n’a pas encore tranché la bataille d’Ersal. Pourquoi d’après vous ?

R- Parce que l’armée manque de potentiel, d’armes, d’équipements et de soutien. Nous ne doutons point du courage des soldats ou de la décision du commandement, mais nous espérons que la troupe recevra le soutien nécessaire.

Q- Selon vous, l’opération militaire de l’armée a-t-elle échoué à Ersal ou les groupes takfiris y sont toujours actifs notamment à la suite de l’embuscade tendue à l’armée libanaise la semaine dernière et à l’arrestation de personnes impliquées dans la décapitation du martyr Abbas Medlej?

R- Nous ne pouvons confirmer cette remarque puisqu’au début des évènements, on demandait à l’armée juste de protéger la région, mais les miliciens du «front Al-Nosra», ont entrepris de se déplacer à partir et vers Ersal et puis ont agressé l’institution militaire. En fait, les soldats étaient dans leurs postes lorsqu’ils ont été agressés, selon un plan ourdi par les autres. L’armée a besoin de potentiel. Nous nous rappelons que lorsque l’armée a combattu dans un poste, tous les militaires sont tombés en martyre. Ceci signifie que l’armée a lutté et défendu les civils. L’armée n’est pas vaincue, nous refusons qu’elle soit qualifiée de tel, parce que nous voulons une armée forte qui augmente la force du Liban, d’où la nécessité de lui fournir le soutien.

Q- Que dites-vous sur un rôle du Hezbollah dans la bataille d’Ersal ?

R- Le Hezbollah et dès le début des évènements n’est point intervenu à Ersal. Nous avons même évité une telle intervention, en dépit des voitures piégées qui venaient de la localité pour exploser dans la Banlieue sud et la Békaa, et ce pour éviter toute accusation de vouloir provoquer la discorde. Mais nous avons pressé pour que l’Etat interdise le passage des voitures piégées. Donc ce fut notre position dès le début. Ces jours-ci, nous adoptons la même attitude. L’Etat est responsable de la décision dans cette région.

Q- Qu’en est-il de ce qui a été dit dans les medias sur l’utilisation par le Hezbollah de drones pour pilonner les postes de Daech dans les Jurds de Ersal ?

R- Nous sommes habitués à ce genre d’informations. Si un incident a lieu à New York, on en accuse le Hezbollah. Les medias tentent de provoquer l’opinion publique pour dire que les otages se trouvent dans ce poste et qu’un avion du Hezbollah, ou d’«Israël» ou de l’Iran l’a pilonné. Ces désinformations visent à semer la discorde et à prétendre que le parti refuse de sauver les otages. Mais en vérité, nous tenons à la vie des otages et œuvrons pour préserver leur vie.

Q- On s’en prend quotidiennement à l’armée sur fond des mesures sécuritaires entreprises dans les régions libanaises. On remarque que ce sont les mêmes personnes qui mènent ces campagnes, comment commentez-vous ces attaques ?

R- L’armée est la soupape de sécurité pour le Liban. Ce sont les discours takfiris qui ont provoqué les attaques contre elle. Nous disons à ceux qui adoptent ce genre de discours de cesser leurs attaques verbales, dans l’intérêt du Liban, de son armée et de sa sécurité.

Q- Pourquoi d’après vous, les deux organisations «Daech» et «Al-Nosra» concentrent leurs menaces et communiqués contre les militaires chiites, surtout que les groupuscules d’Oussama Mansour et de Chadi Mawlaoui, ont appelé à la décapitation des militaires «Rawafed» (Chiites), selon leur expression ?

R- L’ennemi qui est déterminé à tuer nos fils en raison de leur appartenance confessionnelle, que pouvons-nous lui dire, surtout qu’il le fait sur la base de fatwas ? Ces derniers ont pour but de semer la discorde. Nous appelons l’Etat à assumer ses responsabilités face à ceux qui œuvrent pour la dissension. Cette dernière que nous rejetons tout comme nous refusons toute atteinte aux nôtres.

Q- La situation à Tripoli est aussi dangereuse. Plusieurs groupes de miliciens annoncent leur soutien à «Daech». Tripoli est-elle devenue otage des groupes takfiris ?

R- Nous disions depuis le début de la guerre en Syrie, que la situation du Liban nord devait être traitée, mais nul n’a répondu à notre appel. Lorsque de tels slogans sont prônés, l’Etat doit agir. Maintenant, que toutes les parties comprennent les raisons qui nous ont poussées à affronter ces groupes takfiris au-delà des frontières, afin de protéger nos gens et nos villages, où les Libanais furent abandonnés à leur sort. En ce moment, nous étions certains que si nous ne protégeons pas ces villages, la bataille aura lieu à Hermel, dans la Bekaa, voire à Beyrouth.
Nous avons défendu tous les Libanais et prévenu les périls. Si la coalition internationale lutte maintenant contre «Daech», nous rappelons que nous étions les premiers à avoir combattu cette organisation terroriste et ses ramifications. Ceux qui s’allient contre «Daech», sont eux-mêmes qui étaient derrière la création de cette organisation et qui lui avaient fourni les armes, le financement et les miliciens.

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Q- Pouvons-nous rassurer les habitants de la Békaa sur le fait qu’ils sont prémunis du péril takfiri ?

R- Nous devons dire aux Libanais et aux habitants de la Bekaa d’être vigilants, le danger étant imminent. Ils doivent donc être unis pour affronter les éventuels dangers. Pour notre part, nous sommes derrière l’Etat mais s’il abandonne ses responsabilités, nous possédons le droit d’affronter ceux qui nous agressent… Nous ne capitulons jamais et ne tolérons à personne de nous porter atteinte tant que nous sommes en vie ! Nous devons être toujours prêts pour ne pas permettre une réédition des évènements de Mossoul, sur notre terre. Nous confirmons que nous sommes à l’affut et prêts à la confrontation. La menace d’occuper Beyrouth dans quelques heures n’est qu’illusoire.

Q- Dans quel contexte placez-vous l’attentat de Khreibeh ?

R- Lorsque le front est ouvert, nous devons toujours prévoir de tels évènements. Nous ne pouvons jamais écarter la possibilité de nouveaux attentats, mais nous œuvrons pour empêcher la répétition de ces attentats.

Q- La coalition internationale contre «Daech», réussira-t-elle contre cette organisation ?

R- A notre avis, la lutte est plus facile sans avions et raids. Qu’on cesse l’armement et le financement de «Daech» et que cesse l’achat du pétrole de cette organisation.

Q- Comment le Hezbollah interprète-t-il le changement de la position des pays qui finançaient les groupes takfiris à l’égard de «Daech» ?

R- Le changement de l’attitude de ces pays, peut être interprété selon les intérêts. Les pays qui avaient parrainé Daech afin de frapper l’axe de la résistance, ont ressenti les périls qui menacent la frontière, voire la scène intérieure des pays du Golfe. Sur ce, ces pays ont réagi pour préserver leurs intérêts non par crainte pour la région.

Q- Concernant la scène locale, quand estimez-vous que la présidentielle aura lieu ? Et qu’est ce qui entrave l’entente autour d’une personnalité nationale en mesure d’assumer cette responsabilité ?

R- La présidentielle aura lieu, lorsque les hommes politiques décident vraiment d’élire. Pour l’instant, cette détermination pour voter n’existe pas. Donc pas encore d’indices sur le déroulement de cette échéance dans les proches délais. Nous soutenons toute entente entre les Libanais afin d’élire un président de la République.

Q- Les législatives sont reportées de facto. On parle ces jours-ci de la prorogation du mandat du parlement. Comment le Hezbollah commente-t-il le prolongement des crises intérieures ?

R- Les candidats du Hezbollah aux législatives ont déposé leurs candidatures, conformément à la loi. Mais il n’y a guère d’ententes autour de la question des législatives. Les hommes de politique doivent remplir leur devoir à ce titre.

Q- Comment interprétez-vous la visite-éclair effectuée par l’ancien Premier ministre Saad Hariri au Liban et puis son voyage ?

R- Nous souhaitons que le président Hariri rentre au Liban pour jouer son rôle et que les Libanais se rassemblent. Nous sommes en faveur de l’unité non de la division.

Q- Comment commentez-vous la position de certaines personnalités du 14 Mars, qui assimilent «Daech» au Hezbollah ?

R- Nous leur répondons que nous ne sommes pas des «pro-Daech» et si on l’était, cette organisation n’aurait pas appelé à nous tuer.

Source : http://french.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=12911&cid=323#.VCfLKudZWUY

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28 septembre, 2014 Actualité, Information - Actualité, Interviews
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